Cage


« Biennale de Paris »
« Cage d’escalier »
FĂ©vrier-Mars 2004
curated by Alexandre Gurita

 

 

Origine
Ca ne se met pas en place du jour au lendemain.  C’est vrai qu’au départ l’idée m’est apparue en remarquant que nombre d’étudiants de Beaux-arts ont abandonné leur travail après leurs études parce qu’ils avaient besoin de vivre aussi et se sont engagés dans des voies alimentaires.  Moi j’ai commencé un travail de jardinier pendant 1 an au milieu de mes études.  L’art au départ ne nourrit pas et il fallait que je réfléchisse à mon engagement après pour continuer ces études en me disant que ce ne soit pas pour rien.  Et c’est comme ça que je me suis décidé à incorporer le travail alimentaire dans mon travail pour ne pas m’en écarter.  D’abord les prémisses sont un peu une recherche, une exploration, tu essaies de voir dans quel domaine tu te sens à la fois efficace et intéressé et tu vois si le milieu dans lequel cela se passe te convient aussi.  J’ai commencé la chimie, quand j’ai vu le milieu et le travail qui m’attendait après, càd dans des laboratoires etc et puis peut-être qu e je n’ai pas rencontré les bonnes personnes c’est ça aussi.  C’est une histoire de personnes aussi, de rencontres qui fait que tu choisis ta voie, mais c’est grâce aussi à plein de gens que j’ai rencontrés

Vivre et art de vivre…..
Tout participe, au bout du compte tout est lié.  Je peux être dans une situation ou le travail ne sera pas visible dans le milieu artistique dans le sens où je ne pourrai pas organiser de vernissage et je réagis de la même manière.  J’ai construit, il y a peu de temps une cloison qui ne sera jamais visible mais j’ai quand même signé à l’intérieur.  Il y a une signature qui est cachée, toujours, qu’on ne peut voir qu’à la destruction de l’objet.  Tout est lié, ça ne change pas mon attitude.

Travail exposable
Bien sûr, qu’est ce que ça veut dire exposable, est ce qu’il est montrable ?   Même si on ne voit rien, c’est montrable.  Il suffit d’expliquer les choses.  Parfois je fais un vernissage, les gens ne voient rien, mais il s’est passé quelque chose dans ce lieu.  Au bout du compte les anecdotes, le poids, la matière qui a été employée, tout ça est communicable.  Exposable oui, exposition non.  Pour moi l’exposition n’a plus de sens aujourd’hui surtout dans ma démarche, je ne me vois pas très bien faire visiter pendant des jours et des jours un lieu vide.  Pour moi ce qui est important c’est le vernissage et donc il n’y a pas d’exposition, l’exposition, c’est terminé.
Mais, dans mon travail, il y a des interventions entières et d’autres qui s’apparentent au showroom, comme dans les foires du bâtiment et ça c’est vraiment de l’exposition qu’on peut visiter.  Il s’agit de montrer ce que l’on est capable de faire, cela n’est pas très loin de l’atelier déplacé, de l’exercice, du « chef d’œuvre » de l’apprenti compagnon. Dans ce sens-là ,c’est une manière de pouvoir participer à une exposition qui perdure , ce n’est pas  pour moi ,une œuvre d’art en tant que tel , c’est plus du domaine de ce que je peux faire, une démonstration de ce que l’on pourrait faire ailleurs et de manière définitive.  L’exposition non, le showroom oui.

Public
Vivable, mais je ne sais pas si une œuvre doit être vivable ?  
Même s’il n’y a rien, en fait ce qui m’intéresse plus ce n’est pas tellement montrer pour montrer, c’est de faire pour avancer et le public me dérange un peu dans le sens où pour moi c’est un terme un peu flou et je ne sais pas trop qu’en penser. Pour moi ce qui est intéressant c’est le rapport avec les gens en direct, càd : on ne voit rien, mais moi je suis là pour pouvoir expliquer la chose aussi et je préfère qu’on puisse faire passer le travail par la parole plutôt que par un texte.  Maintenant, une interview c’est très bien.  J’ai un peu un écœurement d’objets, de tout ce qui est tellement visuel et détachable et transportable.   J’aime bien le fait qu’il n’y ait pas grand-chose à voir, ce qui compte aussi c’est l’évènement, c’est le rassemblement de certaines personnes à un certain endroit pour partager la fin d’un travail.  Un travail qui ne se voit pas, je trouve ça beaucoup plus intéressant qu’un travail qui se voit trop.

Absence

Oui, tu peux le dire pour le spectateur. Pour moi, l’œuvre en elle même c’est le temps que j’ai passé à travailler dans le lieu où sur le lieu où autour du lieu et ce qu’il en reste ce n’est pas grand-chose parce qu’au bout du compte, l’ouvrier balaie, il apprête, il ne reste rien comme trace de son travail.  Le travail a disparu et il n’en reste qu’une sorte de résidu, un précipité que les gens peu avertis ne voies pas.  Moi je vois tout et eux ne voient rien du tout.

Effort
C’est comme un performeur, est ce qu’il fait des efforts ?  Ce n’est pas le cirque, un type qui fait une action, une performance, pour moi c’est simplement mettre son corps en mouvement dans un espace ou avoir conscience de son corps et faire passer quelque chose.  Le corps est au bout du compte un outil et je crois que ce n’est pas tellement de l’effort, mais un exercice physique qui est un plaisir et aussi il y a des tensions, des forces, c’est plus du domaine de la danse.  Est ce que les danseurs font des efforts ? L’idée d’effort me dérange fort, c’est comme de la souffrance, moi je ne souffre pas quand je travaille.


Immatériel
L’ouvrier, il n’y a rien de plus matérialiste, il ne travaille qu’avec des choses très concrètes ; des outils, des matériaux tout ça c’est lourd à porter.  Et au bout du compte ce qui reste c’est l’espace pris entre ces matériaux.  C’est rendre hommage à l’espace même. Ce qui compte ce n’est pas  tellement le résultat, c’est la démarche. C’est cet engagement physique comme une performance et que reste-t’il de la performance ?  Rien, à part des ouï-dire, quelques documents.  On en parle plus qu’on ne voit quelque chose.  Ce ne sont que des paroles et des bruits qui courent et pour moi c’est très bien.  Au moins l’action n’a pas été rien, il en reste quelque chose.

Inauguration
Il faut savoir accueillir les gens de manière tout à fait bourgeoise, càd que j’essaie de les recevoir de manière correcte par rapport à mon éducation en leur offrant des cigarettes américaines ou françaises, des cigares, une belle nappe, un beau bouquet de fleurs, du bon vin…. Et surtout pas dans des gobelets.  Je n’impose rien dans les vernissages.  Tout se passe comme si c’était chez moi.  Quand je travaille dans un lieu pendant une quinzaine de jours, je m’approprie l’espace.

O.S.T.S.A.
Technicien de surface est un terme qui a 2 significations.  Ce qui m’intéresse c’est la surface, ce qui est superficiel et dans la superficialité il y a de la profondeur, c’est ce qui révèle ce qu’il y a derrière.  Et c’est aussi l’homme qui nettoie.  Un bon ouvrier nettoie après son travail et c’est comme un rituel.  
Ambassadeur, parce que l’ambassadeur a un art de recevoir et aussi c’est quelqu’un qui discute, qui propose ; qui dispose, qui négocie …
Disons que le technicien c’est plus du côté de l’action, du travail proprement dit et l’ambassadeur plus du rapport aux gens.

Vendable
L’idée de vendre mon travail en tant qu’œuvre d’art est tout à fait naturelle pour moi.  Je vends mon intervention et le prix serait en conséquence.
Je fais une performance et je ne vois pas pourquoi ne pas vendre une trace de cela. On vend des photos, des vidéos des performances, je ne me refuse pas ce genre de choses. Mais pour moi une photo doit être vendue avec son négatif, ça me semble important car vous achetez la trace de la performance.
Vendre un outil aussi, car un outil c’est comme le prolongement de la main du travailleur.  C’est la mémoire du travail, il faut savoir s’en détacher aussi. Il fait partie de l’œuvre.

Requestionnement
L’art n’est que questionnement pour moi et le fait de poser la question est plus important pour moi que d’y répondre.  L’œuvre doit s’échapper.  Je crois que trop de gens s’imaginent que l’art a quelque chose à révéler alors que l’art n’est là que pour poser des questions.

Signature

Ils sont signés dans la matière elle même., La signature n’est jamais apparente. De la même façon, je date le travail et c’est important puisque chaque travail se succède et supporte le suivant.

+ ouvrier qu’artiste
Je suis entre quelqu’un qui travaille et quelqu’un qui essaie de s’expliquer.

 


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