Nathalie Viot PDF Imprimer Envoyer

LE MAITRE EN VALEUR ET LA REINE DU MONDE.

Le corps n’est-il pas omniprésent dans le labeur d’Olivier Stévenart T.S.A. ?
Sous ces initiales mystérieuses vous pourrez lire Technicien de Surface-Ambassadeur, ce n’est pas une plaisanterie mais la double fonction d’ouvrier-artiste qui répond à un cahier-des-charges extrêmement précis. Visiter le lieu, évaluer les travaux, choisir les matériaux en parfaite connaissance, commencer et terminer le travail entrepris, nettoyer l’espace, inviter et recevoir un certain nombre de personnes habilitées. Le travail d’Olivier Stévenart révèle cette intimité fusionnelle entre l’ouvrier et l’artiste, c’est le domaine du quotidien, l’obsession du bien fait, du sur-mesure, de la qualité. Olivier rend sans cesse hommage au travail, il célèbre plus le travail fini que son processus, alors même que l’on peut prétendre ne voir que cela. Mais le fondement du bien-être ne réside-t-il pas dans le travail, dont résulte aussi la valeur d’un produit ? Nous devons devenir plus que des regardeurs, de véritables observateurs de l’espace et des modifications opérées, nous devons « sentir » l’espace. « Quand le lecteur aura bien compris que la perception du réel, comme l’interprétation du tableau, se fait par « essai et ajustement » et que l’art est toujours proposition de formes dont on constate, crée ou souligne après coup la signification de ressemblance, il peut faire le pas suivant : reconnaître que l’artiste n’avait pas de « modèle » défini à copier. »(1). Pas de modèle dans le cas d’Olivier sinon le monde qui l’entoure. Ici, une attention particulière est portée sur le fenêtres, celles-ci sont restaurées, nettoyées, repeintes. Après le visite du « chantier », Olivier décide de remettre en état les fenêtres jugeant de la situation d’urgence dans laquelle elles se trouvent. C’est une véritable obsession que de redonner aux objets leur aspect premier, et de se servir d’un pré-existant pour créer quelque chose de nouveau, d’inattendu. Pour cette raison la nécessité du travail « in-situ » est obligatoire et se détache inévitablement de la fétichisation de l’objet. Après l’exposition, il ne reste rien. La fenêtre au même titre que la table possède son langage symbolique, c’est le lieu de réceptivité de la lumière et en ce sens du monde. Dans l’histoire de l’art et de la peinture en particulier, l’ouverture est la présence qui permet de s’échapper de la toile, qui révèle ce qu’il y a en dehors du tableau, c’est-à-dire le contexte touchant aux préoccupations de l’artiste ou bien aux évènements circonstanciels, scènes, processions, paysage, etc. C’est aussi un élément de construction du tableau. La fenêtre est le tableau dans le tableau, c’est un cadre, un point de vue sur le monde que nous propose Olivier. Cette méthode de mise en valeur des espaces, de l’architecture, du lieu est un mécanisme dont le résultat semble tout à fait minimal. Il y a en effet peu de « choses » à voir. C’est à propos de ce « il ne se passe rien », indice majeur du renversement d’une situation normale d’exposition, sur l’interrogation : « Que s’est-il passé, puisqu’il ne se passe rien », que s’instaure le dialogue voulu par Olivier Stévenart. Cette œuvre fait appel à nos sens les plus archaïques et la dialectique qui en découle, révèle sa sincérité d’homme naturel afin de se défaire d’un certain nombre de préjugés qui nous empêcheraient de comprendre et d’accepter une telle entreprise.

opus cité : Robert Klein, « la forme et l’intelligible »

Bilbao, septembre 1996

Nathalie Viot